Partager l'article ! Amadou Lamine SALL - poète sénégalais: Amadou Lamine est d'abord poète né en 1951 à Kaolack - Sénégal ...
PARTIR
Aimer prendre un avion un matin glacial d’hiver pour une mission lointaine et longue
c’est mettre sa culture en bandoulière et prendre le risque de se perdre.
Perdre ses repères pour retrouver, au bout du compte, les essentiels.
Mais auparavant il faut accepter les mystères de l’inconnu, ses troubles et ses dangers,
d’autres intelligences, d’autres cœurs, d’autres bontés, d’autres beautés.
Accepter de ne presque rien savoir des faits et gestes, des paroles de ceux que l’on aime.
Savoir partir le cœur léger malgré les séparations, tout laisser sans rien laisser.
C’est aussi assister au spectacle de la pauvreté, impuissant.
Chercher d’autres demains, s’approcher des autres, doucement.
Aimer les soirs incertains dans une capitale inconnue, les aubes douteuses...
Préférer les flottements de l’âme aux certitudes du savoir.
Croiser le regard d’un enfant pauvre de la brousse ou celui hautain d’une femme peulh.
Aimer les horizons qui reculent et les faire reculer si besoin est.
C’est savoir que
l’on ne rentre jamais indemne d’absences au long cours.
Revenir sans
jamais vraiment revenir, prendre le risque de devoir repartir, vouloir rester et partir.
Partir c’est accepter les points de
non-retour.
(texte de Dominique Baumont)
Amadou Lamine est d'abord poète né en 1951 à Kaolack - Sénégal
Il est le créateur et le Président de la Maison Africaine de la Poésie Internationale – MAPI – et Président des
Biennales de poésie de Dakar dont la 6ème édition aura lieu du 24 au 29 novembre 2008 à Dakar.
Il est l’auteur de plusieurs recueils de poésie traduits dans plusieurs langues : Anglais, Espagnol, Polonais, Allemand, Macédonien, Serbo-Croate, Grec, Arabe. Son œuvre poétique a fait l’objet de court métrage pour le cinéma en Europe. Ses œuvres sont aux programmes de nombreuses universités dans le monde et font l’objet de thèses de fin d’études.
Amadou Lamine Sall a été comme conférencier l’invité des universités de Dakar, d’Edimbourg en Ecosse, de Montréal au Québec, de Fredericton au Nouveau Brunswick Canada, de l’université York à Toronto, de Wells dans l’Etat de New York, de l’université du Liban à Beyrouth.
Léopold Sédar Senghor a dit de lui « qu’il est le poète le plus doué de sa génération ».
Amadou Lamine Sall est membre de l’Académie mondiale de la poésie dont le siège est à Vérone en Italie.
Il est lauréat des Grands Prix de l’Académie française.
Il occupe actuellement les fonctions de Commissaire à la réalisation du projet du Mémorial de
Gorée.
Informations recueillies sur le site de l’auteur.

LES VEINES SAUVAGES
Tu arrivais du nord
là où le soleil épuise ses
larmes derrière les barreaux du ciel
sur le dos des éclairs je sais là
où tu es descendue chanter
nouant tes cheveux aux épis de mil
et tu m'attends du coté le
plus divin de ton corps
là où les dieux ont fait
pousser la fraise dans la mangue
Tu es de ce pays
où les hirondelles ont bu tous les soleils
et le ciel toujours cambré de sommeil
Le vent lève ton nom… Boléro
et ta bouche et tes lèvres infaillibles
ont l'arome langoureux des
chemins de miel que j'aime
Je t'aime comme une guérison
j'aime ta gorge apaisante
la saison de ta bouche quand tu ris
j'aime la maison de tes yeux
tu réchauffes mieux que le ventre
de l'ours à midi
Tu es si belle que tu désamorces
la course des météores…
Tu es mon nouveau livre Boléro
les premiers hiéroglyphes d'un nouveau millénaire
Pourquoi veux-tu briser
l'élan des montagnes ?
Pourquoi veux-tu faire taire l'oiseau du désir ?
Depuis bien longtemps
et pour longtemps encore
parce que tu es là
il ne fait plus nuit dans mon cœur
et j'ai fini par réinventer toutes les leurs
et tu as fini par être plus vraie que le conte
tu ne vieilliras pas
jamais tu ne vieilliras en moi
jamais je ne vieillirais en toi
nous aurons la meme route
et elle sera la route de la terre
elle sera le chemin visible aux questions de l'homme
elle sera la réponse à la tristesse des enfants
il n'y aura plus de secret pour aimer
pour chanter pour danser
parce que l'amour nous habite
parce que les mots nous ont livré leur age
parce que la parole a aboli tous les silences
Et pourtant Boléro et pourtant
les Princes de ce pays ont tout dévoré
ils ont tout volé et tout mangé
ils ont mangé la racine et
jusqu'aux pierres qui bordaient la racine
et dans leur hâte ont tout mangé cru
jusqu'au dernier alphabet de ce pays
et voici que ce pays n'existe plus que
dans la mémoire et le sourire fêlé des paysans
Je sais et tu sais Boléro
combien ces Princes ont asséché toutes les saisons de nos espoirs
ils ont tout supplicié
les totems, les soleils, les cours d'eau, les champs d'arachide
les femmes et les vieillards
et les adolescents sont des montres sans remontoirs
des cartes postales d'un pays sans Coran et sans Bible
Mais avec toi Boléro toi l'Aimée le sang de ce chant
avec toi et cet amour que tu portes et
que je porte plus terrible encore
nous vaincrons la mauvaise terre
pour que pas un bras ne manque à l'AMOUR.
Extraits « Les Veines Sauvages »

fleur de paix -
Centrafrique
Il y a pire que
le bruit des bottes,
il y a le silence des pantoufles.
Max Frisch
Si tu gardes dans ton coeur
le regret d'hier et la crainte de demain, tu ne
verras plus l'espace et ta prière elle-même ne te sauveras
pas.
Charles de Foucault
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